Texte écrit le 12 Décembre 2005 par Pierre Portocarrero
Chers Amis,
L'année 2006 verra la mise en place pratique d'une réflexion lente à mûrir entamée depuis des années. Entre 1984 et 1997, j'ai décerné différents grades « dan » homologués par Ogura Sensei qui me faisait parvenir les diplômes signés de sa main et de son sceau (*). Depuis cette date il a décidé, au vu de son âge et de ses problèmes de santé, de laisser chacun se débrouiller et assurer la transmission suivant ses capacités et son expérience propre. En ce qui concerne le fond, je pense avoir assumé au mieux. Pour la forme j'ai franchement procrastiné et laissé les choses dans le flou depuis cette époque. Vous êtes quelques dizaines à m'avoir toujours fait confiance (certains depuis plus de 25 ans) en vous investissant dans une pratique souvent austère qui ne vise nulle reconnaissance administrative, sportive ou médiatique. Respectant la tradition en ce domaine vous n'avez jamais réclamé le moindre grade, laissant à ma discrétion le soin d'estimer votre progression. Après 37 années de recherches pratiques et théoriques, je compte assumer, avec votre aide j'espère, modestement mais pleinement la place de notre pratique dans le buissonnement multiple des écoles d'arts martiaux. Ainsi, je signerai personnellement des MENKYO-JO en GEMBUKAN TÔDE en tant que JUTSU, RYUHA et DO.
Tout cet énoncé va dans le sens d'une rupture avec nombre de systèmes institutionnels ou non existant actuellement de par le monde, notamment le système des Dan (degrés d'un escalier, niveau). Cette échelle développée au Japon pendant l'ère MEIJI (à partir de 1868) d'abord en Judo et Kendo, est inspirée des hiérarchies militaire et universitaire ayant alors cours ... en occident.
A tort ou à raison, j'estime aujourd'hui ce système trop galvaudé, dévalorisé et manipulé. S'accrocher à défendre une conception qualitative d'un système trop perverti me paraît dorénavant un combat perdu et inutile. Cette rupture se veut constructive par la revivification d'un des plus anciens systèmes de transmission existant avant Meiji (différent des titres d'origine féodale établis par la DAI NIPPON BUTOKUKAI dès 1895 parallèlement aux dan).
Dans l'option retenue il existe quatre MENKYO-JO :
Avec OKUDEN et KAIDEN peut être décernée la qualification de SHIHAN (traduit parfois par Maître d'armes) stade du pratiquant capable de guider à long terme en tant que chef de file tout en continuant sa propre progression.
Voici l'essentiel de sur quoi j'appuie ma réflexion. Tout ceci trouvera sa place à l'usage progressivement. J'insiste sur ce point car si le fond d'une pratique demeure l'essentiel, la forme de la transmission a son importance dans son rapport au monde, même si cela peut vous paraître insignifiant. Enseigner et transmettre est une responsabilité, pratiquer enest une autre. C'est même la première. Rien ne peut être transmis utilement sans pratique suivie et approfondie. Encore une fois, assimilez bien le fait que ce système sanctionne l'accomplissement de différentes étapes d'un cursus et la qualité du parcours et non un niveau qualitatif de performances (technique, martiale, sportive ou ... administrative).
Grâce à votre confiance, j'espère continuer à transmettre au mieux ce que j'ai reçu et travaillé.
Sincèrement,
Pierre Portocarrero.
P.S. : Je tiens à remercier particulièrement Roland HABERSETZER nommé SHIHAN par OGURA Sensei en 1973, à ce titre mon Sempai, avec qui j'ai tenu à partager cette réflexion ; Lionel LEBIGOT pour la partie japonaise du texte du MENKYO-JO ; Bernard SERRE, vieil ami et élève qui a mis bénévolement ses capacités professionnelles au service de l'impression des certificats.
(*) En Asie, Chine et Japon, le sceau personnel a une plus haute valeur juridique que la signature holographe comme en Occident.
(**) « Den » de DENTATSU, la transmission, la communication ; même racine que DENTO, la Tradition.
Liens complémentaires sur les systèmes de grades:
Les Menkyo et Les Dan (sur le site www.ten-ryu.org)